Prévue pour l’été 2027, Artemis III est la prochaine grande priorité de la NASA : après avoir vivement sollicité ses deux partenaires (SpaceX et Blue Origin) pour qu’ils accélèrent la cadence de développement de leurs atterrisseurs respectifs, l’agence américaine a avancé sur la conception du lanceur. Actuellement, il a franchi les dernières grandes étapes de son assemblage dans les hangars du centre spatial Kennedy, en Floride.
Le 28 octobre, les techniciens de la NASA et de Boeing ont intégré l’étage principal du Space Launch System (SLS) aux deux propulseurs d’appoint à poudre qui le flanquent, dans la baie haute numéro 3 du Vehicle Assembly Building (VAB), le mythique bâtiment qui a vu naître, entre autres, les fusées Saturn V du programme Apollo. Une opération déjà complexe et éprouvante pour les équipes d’ingénieurs, mais son véritable baptême le sera davantage.
Ultimes préparatifs pour le colosse d’Artemis III
L’étage principal du SLS est un mastodonte, fabriqué à l’usine Michoud de Boeing (Nouvelle-Orléans) et son gabarit lui interdit d’être transporté par la route ou par les airs. Le seul moyen de l’acheminer jusqu’en Floride est de le charger à bord de la barge Pegasus, un navire à pont ouvert exploité par la NASA depuis les années 1990, spécialement conçu pour convoyer des étages de fusée par voie maritime. Le trajet longe les côtes du golfe du Mexique puis remonte la façade atlantique de la Floride sur environ 1 450 kilomètres, un périple qui s’étend sur plusieurs jours.
Réceptionné fin avril au centre spatial Kennedy, il a été hissé à la verticale dans la baie haute numéro 2 du VAB pour y être finalisé. C’est une grande première pour le programme : jusqu’à Artemis II, l’étage arrivait entièrement assemblé depuis la Nouvelle-Orléans, ce qui permet à l’usine Michoud d’enchaîner sur la fabrication de l’étage suivant sans temps mort.
Hier, l’étage principal a quitté la baie 2 pour rejoindre la baie haute numéro 3, où l’attendaient les deux propulseurs d’appoint à poudre à cinq segments, fournis par le groupe américain d’aéronautique et de défense Northrop Grumman. Ces deux boosters latéraux, dérivés de ceux de la navette spatiale américaine, produisent à eux seuls plus de 75 % de la poussée totale du SLS au décollage.
Pour positionner l’étage principal entre eux et le fixer sur le lanceur mobile, les techniciens ont utilisé une poutre de levage conçue exclusivement pour cette opération : un outil unique au monde, capable de soulever la structure, de la déplacer latéralement d’une baie à l’autre et de la déposer au millimètre près entre les deux propulseurs.
Il abrite quatre moteurs RS-25, des monstres également hérités de la navette spatiale américaine, qui ont propulsé les 135 missions de la flotte entre 1981 et 2011. La NASA en avait encore 16 sous la main, stockés au centre d’essais Stennis (Mississippi) après la fin du programme. La combinaison de ces quatre moteurs à ergols liquides et des deux boosters à poudre produira, au décollage, une poussée de 39 méganewtons, un record absolu pour un lanceur certifié pour des missions habitées.
Prochaine étape : le baptême du froid
Avant que la fusée ne soit complétée par l’étage supérieur et la capsule Orion, elle devra passer l’un des tests les plus critiques, mené à l’extérieur, sur le pas de tir 39B. L’ensemble formé par l’étage principal et les deux propulseurs d’appoint y sera transféré pour subir le « tanking test ». Des centaines de tonnes d’hydrogène liquide à -253 °C et d’oxygène liquide à -183 °C seront pompées dans les réservoirs de l’étage principal, sans toucher aux boosters à poudre qui n’utilisent pas de carburant liquide.
Cette opération permettra de vérifier l’étanchéité de l’ensemble du circuit d’alimentation sous contrainte thermique réelle, tout en offrant aux équipes au sol l’occasion de dérouler la totalité des procédures de compte à rebours, dans des conditions aussi proches que possible du jour J.
Ce n’est qu’une fois toutes ces vérifications assurées que le lanceur sera coiffé de son étage supérieur et de la capsule Orion, puis soumis à une répétition générale intégrale (le « Wet Dress Rehearsal » qui avait posé quelques problèmes lors d’Artemis II) avant d’être autorisé à décoller. L’équipage, annoncé par la NASA le 9 juin dernier, réunit Randy Bresnik (commandant), Luca Parmitano (pilote, Agence spatiale européenne, et premier Européen de l’histoire du programme Artemis), Frank Rubio et Andre Douglas (spécialistes de mission), accompagnés de Bob Hines comme réserviste. Il resteront environ deux semaines en orbite terrestre, au terme desquelles la NASA validera définitivement son choix entre les deux atterrisseurs rivaux du programme, dont un seul déposera les premiers astronautes sur le sol lunaire lors d’Artemis IV, prévue en 2028.